Binance chiffre la perte liée au piratage à environ 6,3 milliards de dollars. L’attaque a commencé le soir du 29 octobre, et la deuxième vague a suivi presque aussitôt. Pas contre Binance, cette fois. Contre ses utilisateurs.
Ce matin, un « Richard Teng » a répondu à l’un de mes commentaires LinkedIn, sous la publication du vrai co-PDG de Binance. Aimable et direct : « Let’s connect », suivi d’un lien Telegram. Le profil comptait 6 abonnés. Le vrai Richard Teng a un badge vérifié, et sa publication avait des milliers de réactions. Le nom d’utilisateur Telegram s’écrivait avec un double « e ».

C’est l’arnaque après le piratage. Après les grands piratages, les escrocs utilisent souvent le même schéma : des utilisateurs inquiets cherchent des réponses, et les escrocs les attendent, déguisés en personnes de confiance.
Comment fonctionne l’arnaque
- Ils choisissent leur moment. Après un piratage, les gens s’inquiètent pour leurs fonds et sont prêts à croire quiconque semble avoir des réponses.
- Ils usurpent l’identité d’une personne réelle. Un PDG, un agent du support, un « spécialiste de la récupération ». Même photo, même titre, une lettre de différence.
- Ils vous font quitter la plateforme. Telegram, WhatsApp, un lien privé. Là-bas, personne d’autre ne voit la conversation, et il devient beaucoup plus difficile de vous avertir.
- Puis vient la demande. Une « vérification » de votre wallet, un formulaire pour « sécuriser » votre compte, des frais pour « récupérer » les fonds perdus. Le but est toujours le même : votre argent, ou les clés privées qui contrôlent vos cryptos.
Six vérifications avant de répondre à qui que ce soit
- Le badge de vérification. Vérifiez-le, ainsi que les informations vérifiées, mais ne vous fiez pas au badge seul pour juger qu’un compte est authentique.
- Le nombre d’abonnés. Un compte qui prétend être le PDG d’une plateforme d’échange mondiale avec 6 abonnés est un signal d’alerte majeur.
- L’orthographe. Vérifiez le nom, l’identifiant et le lien lettre par lettre. Les escrocs comptent sur une lecture rapide.
- Le canal. Si quelqu’un qui se présente comme un PDG vous invite à parler de votre compte ou de votre argent sur Telegram, arrêtez-vous et vérifiez d’abord auprès de l’entreprise par ses canaux officiels.
- La demande. Ne donnez jamais votre seed phrase (phrase de récupération) ni votre clé privée, et n’envoyez jamais d’argent à quelqu’un qui vous a contacté et affirme que vous devez payer avant de récupérer votre argent.
- La source. Ne vérifiez les annonces que sur le site officiel de l’entreprise et ses comptes vérifiés.
Si vous avez déjà été contacté, ou avez déjà payé
Coupez immédiatement tout contact et n’envoyez plus rien. Signalez le profil sur la plateforme. Conservez chaque message, adresse et référence de transaction. Contactez la vraie entreprise uniquement par son site officiel. Portez plainte auprès de la police de votre lieu de résidence. Et méfiez-vous des inconnus qui vous contactent d’eux-mêmes, vous promettent de récupérer votre argent à coup sûr et vous demandent de payer d’avance : vous risquez d’être escroqué une troisième fois.
La leçon
Les détails du piratage de Binance font encore l’objet d’une enquête. Mais l’arnaque que j’ai vue a un but clair : vous faire croire que vous parlez à quelqu’un de confiance, puis vous amener à envoyer de l’argent ou à révéler des informations sensibles. Un nom connu, une photo de profil et un titre de PDG ne rendent pas un message digne de confiance. Ne comptez pas sur la technologie seule. Prendre trente secondes pour vérifier peut vous permettre de voir les signaux d’alerte avant de perdre de l’argent.
Si vous ou votre entreprise avez été ciblés, ou si vous avez besoin de conseils en matière de crypto, de conservation (custody) ou de conformité, écrivez-nous à insight@fintechlex.com ou sur WhatsApp +41 787 983 770.
Sources : communiqué officiel de Binance sur l’incident, 30 octobre 2026 ; déclaration de Richard Teng, co-PDG de Binance, 30 octobre 2026 ; couverture du piratage de Binance par la presse (CoinDesk, CNN, The Block), 30 octobre 2026.
Rene-Philippe


