La Thaïlande ouvre une porte. La Banque de Thaïlande et la Securities and Exchange Commission (SEC) mettent en place les règles et l’infrastructure pour des stablecoins en baht, des titres numériques et un règlement on-chain. En même temps, ces mêmes autorités serrent la vis sur le cash et la crypto. Ce n’est pas une contradiction. C’est la méthode thaïlandaise : on ouvre la porte d’entrée, et on verrouille les portes de service.
Je vis et je travaille en Thaïlande depuis 1995. Voici ce qui se passe, et ce que cela signifie si vous voulez investir dans ce secteur.
Ce qui se prépare
Un stablecoin en baht. La Banque de Thaïlande a ouvert une consultation publique sur les principes d’encadrement des activités liées au stablecoin en baht, du 19 octobre au 17 novembre 2026. Le projet : un stablecoin valant un baht pour un baht, entièrement couvert par des actifs de réserve, avec des rôles séparés pour les émetteurs et les fournisseurs de wallets. Les émetteurs seraient peu nombreux au départ ; les fournisseurs de wallets qui remplissent les critères pourraient déposer leur demande par vagues, sans limite de nombre. L’objectif est de soutenir les paiements et le lien avec les actifs tokenisés, en complément des systèmes de paiement existants, pas pour les remplacer. Il s’agit encore d’une proposition en consultation.
Un sandbox. La Banque de Thaïlande dispose d’un sandbox réglementaire où des banques, des fintechs et d’autres entreprises sélectionnées peuvent tester des cas d’usage de paiement sous supervision, notamment les dépôts tokenisés, la monnaie électronique tokenisée et les stablecoins.
Un marché des capitaux on-chain. La SEC veut relier dépôts tokenisés, monnaie électronique et stablecoins en baht dans un système de règlement on-chain. Les investisseurs paieraient des titres numériques en stablecoins ou en monnaie électronique et recevraient les tokens directement dans leurs wallets. La SEC a déjà approuvé des offres de tokens liées à de l’immobilier, des films et des crédits carbone, et les règles sur les tokens numériques de l’État (G-Tokens) sont en vigueur depuis le 21 juillet 2025.
L’autre face : des contrôles renforcés
Le cash. Depuis le 1er avril 2026, les banques thaïlandaises doivent appliquer des contrôles plus stricts sur le cash, en commençant par les retraits en espèces et les chèques encaissés en espèces. Les opérations de 5 millions de bahts ou plus sur une même journée sont considérées comme à haut risque : la banque demande à quoi sert l’argent et peut exiger des justificatifs. Si les vérifications ne peuvent pas être menées à bien et que le client ne peut pas justifier son besoin de cash, la banque peut refuser l’opération, et les cas suspects sont signalés à l’Office de lutte contre le blanchiment (AMLO).
Les stablecoins. En septembre 2026, la SEC a proposé de plafonner les transferts de stablecoins vers et depuis des wallets externes à 5 millions de bahts en entrée et 5 millions de bahts en sortie, par client et par jour, chez chaque opérateur. Les transferts entre opérateurs thaïlandais agréés qui appliquent la travel rule seraient exemptés, de même que les transferts passant par des comptes au nom de l’opérateur d’actifs numériques lui-même pour son activité, sous conditions.
Le chiffre de 5 millions de bahts apparaît dans les deux mesures, mais il ne signifie pas la même chose. Pour le cash, c’est un seuil qui déclenche des contrôles renforcés. Pour les stablecoins, c’est un plafond de transfert proposé. Le message reste clair : l’argent qui entre par les canaux officiels et agréés est le bienvenu. L’argent qui essaie de passer par la porte de service sera arrêté.
Ce que cela signifie pour les investisseurs étrangers
Si vous voulez votre part du marché thaïlandais de la finance numérique, vous avez trois voies réalistes :
- Une licence thaïlandaise. Les activités sur actifs numériques (plateforme d’échange, courtier, dealer, dépositaire d’actifs numériques) exigent une licence du ministre des Finances, demandée par l’intermédiaire de la SEC (voir notre guide de la licence de plateforme crypto en Thaïlande). Les portails d’offres de tokens (ICO portals) doivent être approuvés par la SEC. Les activités de paiement et de monnaie électronique relèvent de la Banque de Thaïlande. Le dossier de demande, le capital et l’activité réelle sur place doivent tous répondre aux exigences, et la participation étrangère doit être soigneusement structurée.
- Le sandbox. Si votre projet est un cas d’usage de paiement ou de stablecoin, le sandbox de la banque centrale peut vous permettre de le tester sous supervision, à condition d’être sélectionné et de respecter les conditions de test ainsi que les exigences de licence applicables.
- Un partenariat ou une acquisition. Travailler avec un opérateur déjà agréé, ou y entrer au capital, est souvent la voie la plus rapide, comme avec la société thaïlandaise d’actifs numériques agréée, ouverte à 100 % de capital étranger, que nous avons présentée, à condition de vérifier ce que vous achetez.
Ce qui ne marche pas : faire des affaires sans vérifier les règles. Faire passer de l’argent par des canaux non agréés, utiliser des applications étrangères pour contourner les règles ou fractionner les opérations pour échapper aux contrôles, c’est exactement ce que les autorités traquent aujourd’hui. En Thaïlande, la porte de service mène généralement à un compte fermé, ou pire.
Comment FintechLex peut vous aider
La Thaïlande n’est pas un marché qu’on comprend depuis l’étranger. Je fais des affaires entre l’Europe et l’Asie depuis plus de trente ans, en grande partie en Thaïlande. FintechLex aide les investisseurs étrangers et les fintechs à choisir la bonne voie d’entrée sur le marché thaïlandais de la finance numérique (licence ou sandbox, structure de la société et participation étrangère, comptes et relations bancaires, partenariats et acquisitions) et à la relier à leurs activités en Suisse, en Europe et à Hong Kong.
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Sources : consultation publique de la Banque de Thaïlande sur les principes du stablecoin en baht (octobre 2026) ; consultation de la SEC thaïlandaise sur les transferts de stablecoins (septembre 2026) ; règles de la Banque de Thaïlande sur les opérations en espèces (avril 2026) ; règles de la SEC thaïlandaise sur les tokens numériques de l’État (juillet 2025) ; présentation de la SEC sur la finance on-chain (mai 2026) ; presse : The Nation, Bangkok Post et Thairath.
Rene-Philippe


